Texte finaliste du concours Lecture en tête :
J'ai rêvé d'un nouveau monde

Édition 2015

   J’ai rêvé d’un nouveau monde… Un rêve où sourire était interdit. Le rire avait laissé sa place à un univers triste. Bien que le soleil fut radieux, personne ne semblait s’en réjouir, ni même s’en rendre compte. Chacun se cachait derrière ses murs, ses règles, son visage et jamais aucuns regards ne se croisaient. Personne ne s’écoutait et de toute manière, personne ne s’adressait la parole. Un voile de noirceur s’était posé sur le monde et toute trace d’humanité avait disparut. Comme si, le sentiment même d’existence s’était éteint. Et moi dans tout ça, j’étais là, perdue en plein milieu à attendre sur ce banc glacial. Aussi froid que les êtres qui marchaient autour de moi. Et je les regardais, ces gens, sans comprendre. Avait-il un but ? Une vie ? Encore eut-il fallut qu’ils soient vivant !


   Je montais sur mon banc, éberluée devant tant de passivité. Il fallait que je bouge, ris, chante voir même danse, que je trouve quelque chose pour attirer l’attention et changer toutes ces mines impassibles ! Cependant, rien. Aucune émotion ne traversa leur visage. Nul sentiment ne semblait pouvoir les atteindre. Personne ne m’avait regardée. Et pourtant ils continuaient à marcher vers leur destination, telles des machines préprogrammées.


   La nuit commençait à tomber. Non, elle était déjà là, un peu partout autour de moi. Le réverbère à quelques pas émettait déjà sa couleur orangée, juste avant de s’éteindre me laissant dans le noir. Après m’avoir privé de chaleur humaine, on me privait de chaleur tout court. Sous toutes ses formes possibles. La nuit était aussi gelée qu’en hiver, et je m’étonnais de ne pas voir de flocon tomber du ciel en tourbillonnant, pour me rappeler le vent glacial qui sifflait maintenant à mes oreilles. Ce n’était pas un rêve, mais bien un cauchemar. Un cauchemar atrocement glacé. Tellement glacé qu’il avait réussi à givrer la fontaine un peu plus loin tout en me gardant emprisonné, m’empêchant de me réveiller. Alors je me mis à arpenter ce cauchemar. Les dalles de pierre prenaient formes sous mes pieds au fur et à mesure que j’avançais vers la fontaine. Tout semblait figé. L’eau qui s’était écoulée, restait immobile au fond du bassin. Le givre avait formé comme un fin duvet blanc sur la surface glacée. Un frisson me parcouru le corps au moment où j’entrepris d’enlever cette petite couche blanche. J’avais fini penché sur le rebord et je contemplais mon reflet dans ce miroir improvisé. Un reflet qui me ressemblait, mais pas à ce moment précis. Tandis que mon visage était concentré pour essayer de comprendre, mon reflet me souriait. Comme si j’étais à la fois ici et dans un autre monde. Un nouveau monde rempli de chaleur.


   De l’autre côté j’apercevais des lumières de fête et des visages avenants. Le sentiment de pouvoir réussir, et même vivre là-bas, s’empara de moi. Comme si ce monde m’appelait à lui, me priait de le rejoindre, et d’être enfin moi-même. Tout ce dont il me manquait ici. Il me fallait le rallier. Il me fallait passer de l’autre côté du miroir et arpenter ce nouveau monde de liberté. Mais mon rêve en décida autrement. La glace se brisa et les ténèbres me tirèrent en arrière. Tout devint flou. Tout disparaissait peu à peu. Le réveil me tira de mon sommeil et je l’éteignis machinalement.


   Je me levais. Je marchais. Je marchais ? Pourquoi ? Pour aller où ? Et mon corps continuait d’avancer alors que mon esprit lui ordonnait de s’arrêter ! Et la douloureuse mémoire d’avoir perdu toute volonté me revint, comme à chacun de mes réveils. Ce sentiment de ne rien contrôler et de subir. Corps et âme séparés. Il fallait que je récupère le contrôle ! Que je trouve un moyen. Je tentais, en vain, de me battre contre moi-même, mais je restais prisonnière de mon corps. Et la journée défila sans que je ne puisse rien faire. Comme chaque jour, depuis maintenant bien longtemps. Mais je refusais de me laisser abattre ! Je restais concentrée sur mon seul but, trouver une solution pour rediriger mon corps… Et pourtant je n’avais aucune piste. Excepté, peut être que mes rêves soient le reflet de la réalité. A moins que … Non, c’était impossible. Ce monde, de l’autre côté du miroir ne pouvait exister. Ne pouvait être réel. Mais … en admettant que mon rêve soit effectivement la réalité ? Non, sottise. Je n’avais aucune piste. Mais aujourd’hui c’était différent … J’avais l’intime conviction qu’il fallait que j’agisse.


   De l’autre côté de la planète, le visage d’une femme s’affiche sur le moniteur de contrôle de la sécurité.


–   Enclenchez le Protocole SATP09. Nous ne sommes plus en sécurité.

Catégories : Texte

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